Sécurité, Environnement et Gestion des Risques à Madagascar

Réglementation, mines, transport, environnement, biodiversité, matières dangereuses et défis pour les entreprises

Madagascar occupe une position unique dans l’océan Indien. Située au large de la côte sud-est de l’Afrique, l’île est connue pour sa biodiversité exceptionnelle, ses paysages variés, ses ressources minières, ses activités agricoles, ses ports, son tourisme et son potentiel énergétique. Cette richesse naturelle et économique fait de Madagascar un pays stratégique, mais également vulnérable. Les cyclones, les sécheresses, l’érosion, la pauvreté, l’insécurité alimentaire, les infrastructures limitées et la pression sur les écosystèmes rendent la gestion des risques particulièrement importante.

Pour les entreprises opérant à Madagascar, la sécurité, l’environnement et la conformité ne peuvent pas être considérés comme des sujets isolés. Les risques professionnels, la sécurité routière, la gestion des substances dangereuses, la protection de l’eau, la sécurité alimentaire et la prévention des pollutions sont étroitement liés au contexte local. Une entreprise peut être techniquement compétente, mais rester vulnérable si elle ne tient pas compte des routes difficiles, des fortes pluies, de l’accès limité aux secours, de la fragilité des écosystèmes ou de la vulnérabilité alimentaire de certaines régions.

Cette fiche pays présente un aperçu de Madagascar sous l’angle de la santé et sécurité au travail, de l’environnement, du transport, des matières dangereuses, de la sécurité alimentaire et des bonnes pratiques pour les organisations.

Informations générales

Madagascar couvre environ 587 000 kilomètres carrés, ce qui en fait la quatrième plus grande île du monde. Sa capitale est Antananarivo, principal centre politique, administratif, économique et logistique du pays. Les autres villes importantes sont Toamasina, Antsirabe, Fianarantsoa, Mahajanga, Toliara, Antsiranana et Nosy Be.

Les langues officielles sont le malgache et le français. Le malgache est parlé dans tout le pays, avec des variantes régionales, tandis que le français reste important dans l’administration, l’enseignement supérieur, les affaires et les documents techniques. Pour les formations HSE, cette réalité linguistique est essentielle. Une procédure rédigée uniquement en français technique peut être insuffisante si les travailleurs de terrain comprennent mieux le malgache. Les consignes critiques doivent donc être simples, visuelles et expliquées dans la langue réellement utilisée sur le site.

La population dépasse aujourd’hui 30 millions d’habitants et reste très jeune. Cette croissance démographique crée des besoins importants en emplois, infrastructures, transport, énergie, eau, assainissement, santé et alimentation.

Une économie entre agriculture, mines, ports et tourisme

L’économie malgache repose sur plusieurs secteurs. L’agriculture reste essentielle pour l’emploi et les moyens de subsistance. Le riz, la vanille, le girofle, le café, le cacao, le litchi, le manioc et l’élevage jouent un rôle important. Madagascar est notamment connue pour sa production de vanille, mais cette filière est sensible aux cyclones, aux variations de prix, aux conditions de stockage et aux exigences de qualité des marchés internationaux.

Le secteur minier est également important. Madagascar possède de l’ilménite, du nickel, du cobalt, du graphite, de l’or, des pierres précieuses et d’autres ressources. Les grands projets miniers peuvent générer des revenus et des infrastructures, mais ils comportent aussi des risques pour l’environnement et les communautés. Des analyses récentes soulignent que les grandes mines peuvent présenter des risques pour les personnes, les écosystèmes et la biodiversité, notamment par pollution des eaux et des sols, déforestation, érosion et sédimentation des cours d’eau.

Les ports, en particulier Toamasina, jouent un rôle essentiel dans les importations et exportations. Les carburants, produits chimiques, denrées alimentaires, matériaux de construction, équipements industriels et marchandises dangereuses transitent par ces infrastructures avant d’être distribués sur l’île.

Cadre réglementaire de la santé et sécurité au travail

La santé et sécurité au travail à Madagascar repose sur le droit du travail, les obligations générales de prévention et les textes applicables aux établissements industriels, miniers, agricoles, portuaires et logistiques. Les informations de l’OIT sur Madagascar mentionnent notamment l’existence de comités de sécurité et de santé composés de représentants des travailleurs et de l’employeur, ce qui illustre l’importance du dialogue social dans la prévention des risques professionnels.

L’employeur doit protéger les travailleurs contre les risques liés aux machines, aux produits chimiques, aux installations électriques, aux manutentions, aux chutes, aux incendies, aux conditions climatiques et aux déplacements. Cette obligation implique l’identification des dangers, l’évaluation des risques, la formation du personnel, la fourniture d’équipements de protection, l’entretien des installations et la préparation aux situations d’urgence.

Dans les grandes entreprises minières, portuaires ou industrielles, ces exigences sont souvent intégrées dans des systèmes HSE inspirés d’ISO 45001, d’ISO 14001 ou d’exigences internationales imposées par les clients, bailleurs ou investisseurs. Dans les petites entreprises, l’agriculture, les ateliers informels ou le transport, l’application pratique est souvent plus difficile. La prévention doit donc être réaliste, progressive et adaptée aux moyens disponibles.

Les principaux risques professionnels

Les risques professionnels à Madagascar varient selon les secteurs. Dans l’agriculture, les travailleurs peuvent être exposés aux pesticides, aux outils manuels, aux machines, à la chaleur, aux fortes pluies, aux risques biologiques et aux troubles musculosquelettiques. La formation à l’utilisation sûre des produits phytosanitaires est particulièrement importante, car un mauvais stockage ou une mauvaise application peut affecter les travailleurs, les denrées alimentaires et l’environnement.

Dans les mines et carrières, les risques concernent les effondrements, les poussières, le bruit, les vibrations, les engins lourds, les produits chimiques, les opérations de maintenance, les travaux en hauteur et les espaces confinés. Les activités minières artisanales peuvent être encore plus dangereuses lorsque les travailleurs ne disposent pas d’équipements adaptés, de ventilation suffisante ou de supervision technique.

Dans les ports et entrepôts, les risques sont liés à la manutention de charges, aux conteneurs, aux chariots, aux camions, aux opérations de levage, aux produits dangereux et à la circulation interne. Dans le tourisme, les risques concernent surtout la sécurité alimentaire, les incendies, les transports, les excursions, les activités nautiques et la gestion des urgences médicales.

Sécurité industrielle et prévention des accidents majeurs

Madagascar ne possède pas la même densité industrielle que certains pays pétroliers ou miniers du continent africain, mais plusieurs installations peuvent générer des risques importants : dépôts de carburants, ports, centrales électriques, mines, usines agroalimentaires, entrepôts de produits chimiques, stations-service, hôpitaux, laboratoires et chantiers d’infrastructure.

La sécurité industrielle commence par une bonne connaissance des dangers présents sur le site. Les carburants, gaz, solvants, poussières combustibles, produits corrosifs, réactifs miniers, batteries, groupes électrogènes et installations électriques doivent être identifiés et gérés de manière structurée.

Les bonnes pratiques comprennent les inspections régulières, la maintenance préventive, les permis de travail, la consignation des énergies, les procédures de travail à chaud, la prévention incendie, les exercices d’évacuation et les plans de réponse aux déversements. Dans un pays où les secours peuvent être éloignés ou difficiles d’accès dans certaines régions, la capacité interne de première intervention est particulièrement importante.

Gestion des substances dangereuses

Les substances dangereuses présentes à Madagascar comprennent les carburants, les gaz, les lubrifiants, les solvants, les pesticides, les produits corrosifs, les produits de laboratoire, les réactifs miniers, les batteries, les déchets médicaux et certains déchets industriels. Leur mauvaise gestion peut provoquer des incendies, intoxications, brûlures chimiques, pollutions de l’eau, contaminations des sols ou expositions chroniques.

Une gestion correcte repose sur l’identification des produits, l’étiquetage, les fiches de données de sécurité, la séparation des produits incompatibles, la ventilation, les équipements de rétention et la formation des travailleurs. Les produits inflammables doivent être éloignés des sources de chaleur. Les pesticides ne doivent pas être stockés avec des denrées alimentaires. Les déchets chimiques doivent être séparés des déchets ordinaires.

Dans les zones minières, les produits chimiques utilisés pour le traitement ou l’analyse des minerais doivent faire l’objet d’une attention particulière. Dans l’agriculture, les pesticides doivent être manipulés avec prudence afin d’éviter les intoxications, les résidus excessifs et la pollution des eaux.

Transport de marchandises dangereuses

Le transport de marchandises dangereuses est indispensable à l’économie malgache. Les carburants, gaz, produits chimiques, pesticides, réactifs industriels et déchets dangereux transitent par les ports puis circulent sur des routes parfois longues, étroites, dégradées ou exposées aux intempéries.

Un accident impliquant un camion-citerne ou un véhicule transportant des produits chimiques peut provoquer un incendie, une explosion, une pollution ou une exposition des populations. Les risques sont aggravés par les distances, l’état des routes, les fortes pluies, les cyclones, la fatigue des conducteurs et l’accès parfois limité aux services d’urgence.

Les entreprises devraient appliquer des pratiques proches des standards internationaux : classification des produits, documents de transport, signalisation, véhicules adaptés, inspection avant départ, conducteurs formés, équipements d’urgence, procédures en cas de fuite et planification des itinéraires.

Sécurité routière à Madagascar

La sécurité routière constitue un enjeu majeur. L’OMS a publié un profil pays pour Madagascar dans le cadre du rapport mondial 2023 sur la sécurité routière, ce qui permet de suivre les indicateurs nationaux et de comparer le pays aux objectifs internationaux. Une communication de l’UNECE en 2025 mentionne un taux de mortalité routière de 22,5 décès pour 100 000 habitants selon les données OMS 2023, ainsi que des difficultés liées à l’entretien et à l’érosion d’une partie du réseau routier.

Les facteurs de risque incluent la vitesse, la surcharge, la fatigue, l’état des véhicules, les infrastructures limitées, les routes sinueuses, les intempéries, les transports collectifs, les deux-roues et la cohabitation entre piétons, véhicules légers et poids lourds. Les déplacements professionnels doivent donc être considérés comme une activité à risque.

Pour les entreprises, la sécurité routière doit faire partie intégrante du système HSE. Les conducteurs doivent être formés à la conduite défensive, les véhicules contrôlés avant départ, les trajets planifiés et les déplacements de nuit limités lorsque les conditions sont défavorables.

Ports, logistique et sécurité maritime

Les ports malgaches jouent un rôle vital dans l’approvisionnement du pays. Toamasina est le principal port commercial, mais d’autres ports comme Mahajanga, Toliara, Antsiranana et Ehoala sont également importants selon les régions et les activités économiques.

Les opérations portuaires impliquent des risques de manutention, de levage, de circulation de camions, de stockage de produits dangereux, d’incendie, de pollution marine et de sûreté. Les marchandises dangereuses doivent être identifiées, séparées et manipulées selon des procédures strictes. Les conteneurs contenant des produits chimiques, carburants, batteries ou marchandises incompatibles doivent être contrôlés afin d’éviter les incidents.

La logistique insulaire renforce l’importance de la continuité d’activité. Une interruption portuaire, un cyclone, une route coupée ou un incident majeur peut rapidement affecter l’approvisionnement en carburant, médicaments, nourriture ou matériel industriel.

Cadre réglementaire environnemental

Madagascar dispose d’un cadre environnemental structuré autour de la Charte de l’environnement, des procédures d’étude d’impact environnemental et des textes sectoriels. Des documents relatifs à l’environnement à Madagascar indiquent que les projets susceptibles de porter atteinte à l’environnement doivent faire l’objet d’une étude d’impact.

Le cadre des études d’impact environnemental et social dans le secteur minier a fait l’objet d’analyses récentes. Un rapport publié par l’IISD examine le cadre juridique malgache relatif aux EIES dans le secteur minier et formule des recommandations concernant les études d’impact, les plans de gestion environnementale et sociale et les plans de fermeture. Le nouveau Code minier de 2023 consacre également des dispositions aux normes environnementales, de santé et de sécurité, avec un chapitre sur la protection de l’environnement et des obligations selon les activités minières.

Pour les entreprises, cela signifie qu’un projet minier, industriel, portuaire, agricole ou infrastructurel peut nécessiter une évaluation environnementale sérieuse. Cette évaluation doit identifier les impacts sur l’eau, les sols, l’air, la biodiversité, les communautés locales et les activités économiques.

Biodiversité et fragilité environnementale

Madagascar est l’un des plus grands hotspots de biodiversité au monde. De nombreuses espèces animales et végétales sont endémiques, c’est-à-dire qu’elles n’existent nulle part ailleurs. Cette richesse rend la protection de l’environnement particulièrement importante.

Les principaux risques environnementaux concernent la déforestation, l’érosion des sols, la perte d’habitats, la pollution des eaux, la pression agricole, les feux, les déchets, les activités minières et les impacts du changement climatique. Les cyclones et sécheresses peuvent aggraver les vulnérabilités existantes.

Les entreprises opérant près de zones sensibles doivent intégrer la biodiversité dans leur analyse des risques. La prévention ne doit pas se limiter à éviter les amendes ou les retards administratifs. Elle doit aussi préserver les écosystèmes dont dépendent les communautés locales, le tourisme, l’agriculture et les ressources en eau.

Gestion des déchets

La gestion des déchets est un défi important à Madagascar. Les déchets ménagers, médicaux, industriels, agricoles, chimiques et miniers nécessitent des filières adaptées. Dans les zones urbaines, la croissance démographique augmente la pression sur la collecte et l’élimination. Dans les zones isolées, les solutions techniques peuvent être limitées.

Les déchets dangereux, tels que les huiles usées, batteries, solvants, emballages de pesticides, produits chimiques de laboratoire, déchets médicaux et boues industrielles, doivent être séparés des déchets ordinaires. Lorsqu’ils sont brûlés, abandonnés ou mal stockés, ils peuvent contaminer l’air, les sols et l’eau.

Les entreprises doivent mettre en place un plan de gestion des déchets avec tri à la source, stockage sécurisé, étiquetage, traçabilité et recours à des prestataires compétents lorsque cela est possible.

Eau, assainissement et santé publique

L’eau est un enjeu crucial à Madagascar. Certaines régions souffrent de sécheresses récurrentes, tandis que d’autres sont exposées aux inondations et aux cyclones. La qualité de l’eau est directement liée à la santé publique, à la sécurité alimentaire, à l’agriculture et aux activités industrielles.

Les risques de contamination peuvent provenir des eaux usées, des déchets, des pesticides, des hydrocarbures, des produits chimiques, des activités minières ou des ruissellements après fortes pluies. Les entreprises qui stockent des produits dangereux doivent prévoir des dispositifs de rétention, des zones protégées contre les inondations et des procédures de déversement.

Dans les sites touristiques, industriels ou agroalimentaires, l’eau utilisée pour la consommation, la préparation alimentaire ou le nettoyage doit être contrôlée afin d’éviter les maladies hydriques.

Sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire est l’un des grands défis de Madagascar. Le sud et le sud-est de l’île sont régulièrement touchés par la sécheresse, les cyclones, les ravageurs, la hausse des prix alimentaires et les difficultés économiques. Le WFP rapporte que Madagascar a connu en 2025 des crises superposées, avec sécheresses, cyclones, ravageurs et hausse des prix alimentaires, entraînant une insécurité alimentaire atteignant 82 % dans le Sud.

L’IPC estime que, pour la période décembre 2025 à janvier 2026, plus de 1,57 million de personnes connaissent des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, dont environ 84 000 en phase d’urgence. Les analyses IPC indiquent également qu’environ 357 900 enfants âgés de 6 à 59 mois souffrent ou risquent de souffrir de malnutrition aiguë entre septembre 2024 et août 2025.

La sécurité alimentaire comporte aussi une dimension sanitaire. Les risques concernent la contamination microbiologique, la qualité de l’eau, les résidus de pesticides, les mauvaises conditions de stockage, les ruptures de chaîne du froid et l’hygiène des marchés ou restaurants. Pour les entreprises agroalimentaires, hôtels, cantines industrielles et distributeurs, les systèmes inspirés de l’HACCP ou d’ISO 22000 peuvent aider à mieux maîtriser ces dangers.

Sécurité sociétale et risques naturels

Madagascar est fortement exposée aux risques naturels. Les cyclones, inondations, sécheresses, glissements de terrain et épisodes de vents violents peuvent affecter les infrastructures, les routes, les ports, les cultures, les habitations et les chaînes d’approvisionnement. Pour les entreprises, ces risques doivent être intégrés aux plans de continuité d’activité.

Les sites industriels, entrepôts, hôtels, exploitations agricoles et projets miniers doivent prévoir des scénarios d’urgence : coupure de route, rupture d’approvisionnement, évacuation médicale, inondation, perte d’électricité, contamination de l’eau ou dommages aux bâtiments.

La préparation aux catastrophes ne concerne pas seulement les autorités. Les entreprises doivent disposer de moyens de communication, de stocks critiques, de plans d’évacuation, de contacts d’urgence et de procédures de reprise d’activité.

Bonnes pratiques pour les entreprises

Les entreprises opérant à Madagascar devraient adopter une approche HSE adaptée au contexte local. La première étape consiste à identifier les risques réels : transport, routes, cyclones, produits dangereux, machines, pesticides, déchets, eau, travailleurs temporaires, sous-traitants et accès aux secours.

La formation doit être concrète, répétée et compréhensible. Les consignes critiques doivent être expliquées en malgache lorsque cela est nécessaire. Les formations prioritaires concernent la sécurité routière, les premiers secours, la prévention incendie, les produits chimiques, la manutention, les pesticides, l’hygiène alimentaire, les travaux en hauteur, la consignation des énergies et les interventions en cas de déversement.

Les normes internationales peuvent servir de cadre de progression. ISO 45001 structure la santé et sécurité au travail, ISO 14001 renforce la gestion environnementale, ISO 9001 améliore la qualité organisationnelle et ISO 22000 soutient la sécurité alimentaire. Pour les mines, les standards de gestion environnementale et sociale, les plans de fermeture et les consultations communautaires sont particulièrement importants.