Sécurité, Environnement et Gestion des Risques au Mali

Réglementation, sécurité industrielle, transport, environnement et défis pour les entreprises

Le Mali occupe une position centrale en Afrique de l’Ouest. Pays enclavé, vaste et fortement dépendant des corridors de transport régionaux, il joue un rôle important dans les échanges entre le Sahel, l’Afrique du Nord et les pays côtiers comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la Guinée et le Ghana. Son économie repose principalement sur l’agriculture, l’élevage, l’or, le commerce, les transports et les services.

Ces activités économiques exposent le pays à des enjeux importants en matière de santé et sécurité au travail, de sécurité routière, de gestion des substances dangereuses, de protection de l’environnement et de sécurité alimentaire. Le développement du secteur minier, en particulier l’exploitation aurifère industrielle et artisanale, rend la gestion des risques encore plus stratégique. Le Mali est l’un des grands producteurs d’or du continent africain, mais ce secteur reste associé à des risques élevés, notamment dans l’orpaillage artisanal.

Pour les entreprises locales et internationales, comprendre le cadre réglementaire malien et les principaux risques du pays est essentiel. La conformité ne concerne pas uniquement les obligations administratives. Elle touche directement la protection des travailleurs, la continuité des activités, la réputation de l’entreprise et la prévention des incidents graves.

Informations générales

Le Mali couvre une superficie d’environ 1,24 million de kilomètres carrés, ce qui en fait l’un des plus grands pays d’Afrique. Sa population est estimée à plus de 23 millions d’habitants. La capitale est Bamako, principal centre politique, économique et administratif du pays.

Le français a longtemps été la langue officielle de l’administration et des affaires, même si les langues nationales jouent un rôle essentiel dans la vie quotidienne. Le bambara est la langue la plus largement parlée. D’autres langues telles que le peul, le soninké, le songhaï, le tamasheq, le dogon et le malinké sont également importantes selon les régions.

Les principales villes sont Bamako, Sikasso, Ségou, Mopti, Kayes, Koulikoro, Koutiala, Gao et Tombouctou. Bamako concentre une grande partie des activités économiques modernes, tandis que Kayes, Sikasso et Koulikoro jouent un rôle important dans les échanges commerciaux et miniers.

Un pays enclavé dépendant des corridors logistiques

Le Mali ne dispose pas d’accès direct à la mer. Cette situation rend le pays fortement dépendant des ports et des corridors de transport de ses voisins. Les marchandises importées transitent notamment par Dakar, Abidjan, Conakry, Lomé et Tema avant d’être acheminées vers Bamako et les autres régions du pays.

Cette dépendance logistique a une conséquence directe sur la sécurité des transports. Les carburants, les produits chimiques, les équipements industriels, les denrées alimentaires et les marchandises de consommation parcourent souvent de longues distances par route. Les risques liés à l’état des routes, à la fatigue des conducteurs, à la surcharge, aux contrôles techniques insuffisants et aux conditions climatiques sont donc importants.

Pour les entreprises, la maîtrise des risques logistiques constitue un enjeu de continuité d’activité. Une interruption sur un corridor peut affecter l’approvisionnement en carburant, en matières premières ou en produits de première nécessité.

Cadre réglementaire de la santé et sécurité au travail

La santé et la sécurité au travail au Mali sont notamment encadrées par le Code du travail, issu de la loi n° 92-020 du 23 septembre 1992, modifié par la suite, ainsi que par des textes d’application relatifs aux conditions de travail, à l’hygiène et à la protection des travailleurs. Les sources de l’OIT indiquent que le Code du travail malien prévoit la protection des travailleurs en matière de sécurité et santé au travail.

Les obligations de l’employeur reposent sur des principes classiques de prévention. L’entreprise doit identifier les dangers, évaluer les risques, mettre en place des mesures de prévention, informer et former les travailleurs, fournir les équipements de protection nécessaires et organiser les secours. Des sources spécialisées sur le droit du travail malien mentionnent également le décret n° 96-178/P-RM du 13 juin 1996 comme texte d’application important du Code du travail.

En 2025, le Mali a adopté une politique nationale de santé et sécurité au travail accompagnée d’un plan d’action, ce qui montre une volonté de renforcer le cadre institutionnel et la prévention des risques professionnels.

Application pratique de la sécurité au travail

Comme dans beaucoup de pays d’Afrique de l’Ouest, l’existence d’un cadre juridique ne garantit pas toujours une application uniforme sur le terrain. Les grandes entreprises minières, industrielles ou internationales disposent généralement de services HSE structurés. Elles appliquent souvent des référentiels inspirés d’ISO 45001, d’ISO 14001 ou des standards internes de groupes internationaux.

La situation est plus contrastée dans les petites entreprises, les ateliers, le transport informel, l’agriculture et l’orpaillage artisanal. Dans ces secteurs, les moyens financiers, la formation et le contrôle peuvent être insuffisants. Les accidents sont parfois sous-déclarés, ce qui rend difficile l’établissement de statistiques complètes.

Pour améliorer la prévention, les priorités sont claires : former les travailleurs, renforcer les inspections, améliorer la déclaration des accidents, développer une culture sécurité et intégrer les risques professionnels dès la conception des projets.

Les secteurs les plus exposés aux risques professionnels

Le secteur minier est l’un des plus sensibles. L’extraction de l’or, qu’elle soit industrielle ou artisanale, expose les travailleurs à des risques d’effondrement, d’écrasement, d’explosion, d’intoxication, de poussières, de bruit et de manutention lourde. Les opérations de maintenance dans les mines industrielles exigent également une attention particulière, car elles combinent souvent énergie mécanique, équipements mobiles, espaces confinés et interventions sous pression.

L’agriculture et l’élevage restent essentiels pour l’économie malienne. Les travailleurs peuvent être exposés aux pesticides, aux conditions climatiques extrêmes, aux blessures liées aux outils, à la poussière et aux risques biologiques. La formation à l’utilisation sûre des produits phytosanitaires reste donc un sujet important.

Le bâtiment et les travaux publics présentent aussi des risques élevés. Les chutes de hauteur, les effondrements, les accidents avec engins, l’électricité et les manutentions manuelles sont des causes fréquentes d’accidents dans ce secteur.

Mines, orpaillage et accidents graves

Le Mali est un important producteur d’or. Ce secteur constitue une source majeure de revenus, d’emplois et d’exportations. Cependant, il est également associé à de graves enjeux de sécurité.

L’orpaillage artisanal représente une activité importante pour de nombreuses communautés, mais il est souvent exercé dans des conditions difficiles. Les galeries non stabilisées, l’absence d’équipements de protection, l’utilisation de produits chimiques et le manque de contrôle technique augmentent fortement les risques.

Plusieurs accidents récents ont illustré la gravité de la situation. En 2024, l’effondrement d’une mine d’or non réglementée dans le district de Kangaba a causé plus de 70 morts, selon l’Associated Press. En 2025, les autorités maliennes ont suspendu l’octroi de nouveaux permis d’orpaillage artisanal à des non-nationaux après deux accidents ayant fait des dizaines de morts, dont un effondrement dans la région de Kayes qui a tué 43 personnes.

Ces événements montrent que la sécurité minière ne peut pas être limitée aux grandes exploitations industrielles. Elle doit également concerner l’exploitation artisanale, la formalisation des sites, la formation des travailleurs, l’interdiction des pratiques dangereuses et le contrôle des produits chimiques.

Gestion des substances dangereuses

Le Mali utilise de nombreuses substances dangereuses dans les mines, l’agriculture, les laboratoires, les hôpitaux, les ateliers, les stations-service et les installations industrielles. Les produits les plus sensibles comprennent les carburants, les gaz, les explosifs miniers, les pesticides, les produits corrosifs, les solvants, les produits de traitement du minerai et certains déchets dangereux.

La gestion de ces substances doit reposer sur une approche structurée. Les produits doivent être correctement identifiés, étiquetés, stockés et manipulés. Les travailleurs doivent disposer de fiches de données de sécurité compréhensibles, d’équipements de protection adaptés et d’une formation pratique sur les risques.

Dans le secteur minier, la gestion des explosifs et des produits de traitement du minerai exige des procédures très strictes. Dans l’agriculture, le stockage et l’utilisation des pesticides restent un enjeu majeur pour la santé des travailleurs, la sécurité alimentaire et la protection des sols.

Transport de marchandises dangereuses

Le transport de marchandises dangereuses est indispensable au fonctionnement de l’économie malienne. Les carburants, les gaz industriels, les produits chimiques, les explosifs miniers et les pesticides sont transportés sur de longues distances depuis les ports régionaux jusqu’aux centres de consommation ou aux sites industriels.

Ces transports se font principalement par route. Les risques sont donc liés à la fois aux caractéristiques des produits et aux conditions de circulation. Un accident impliquant un camion-citerne ou un véhicule transportant des produits chimiques peut avoir des conséquences importantes : incendie, explosion, pollution des sols, contamination de l’eau ou exposition des populations.

Les entreprises qui transportent des produits dangereux devraient appliquer des règles proches des recommandations internationales : classification correcte des marchandises, documents de transport, formation des conducteurs, inspection des véhicules, arrimage, signalisation, équipements d’urgence et procédures en cas d’accident.

Sécurité routière au Mali

La sécurité routière est un enjeu majeur de santé publique au Mali. Les accidents graves impliquant des autobus, des camions et des véhicules particuliers restent fréquents. Les causes sont souvent multiples : perte de contrôle, vitesse excessive, surcharge, fatigue, mauvais état des véhicules, infrastructures insuffisantes et comportements dangereux.

En février 2024, un accident d’autobus dans le sud du Mali a fait au moins 31 morts et 10 blessés. Le ministère des Transports a indiqué que le bus se dirigeait vers le Burkina Faso et que la cause probable était une perte de contrôle du véhicule par le conducteur. L’Associated Press a également rapporté qu’un autre accident similaire, quelques jours auparavant, avait fait au moins 15 morts et plus de 46 blessés dans le centre du pays.

Ces accidents rappellent que la sécurité routière ne dépend pas seulement de la qualité des routes. Elle nécessite aussi une réglementation appliquée, des contrôles techniques fiables, une formation des conducteurs, une gestion de la fatigue et une limitation stricte de la surcharge.

Sécurité industrielle

L’activité industrielle malienne reste moins diversifiée que celle de certains pays côtiers, mais elle comprend des secteurs à risques : mines, énergie, agro-industrie, carburants, ciment, ateliers mécaniques, stockage et distribution de produits pétroliers.

La sécurité industrielle doit se concentrer sur la prévention des incendies, des explosions, des défaillances mécaniques, des accidents de maintenance et des rejets accidentels. Les installations utilisant des carburants, des gaz ou des poussières combustibles doivent accorder une attention particulière aux atmosphères explosives.

Les bonnes pratiques comprennent l’analyse des risques, les permis de travail, la consignation des énergies, la maintenance préventive, les inspections régulières, les plans d’urgence et les exercices d’évacuation. Pour les entreprises internationales, ces exigences deviennent souvent indispensables pour travailler avec des donneurs d’ordre, des assureurs ou des partenaires financiers.

Environnement et cadre réglementaire

Le Mali dispose d’un cadre environnemental qui impose notamment l’évaluation des impacts des projets. Des sources spécialisées sur les systèmes d’évaluation environnementale indiquent que le Mali a intégré des dispositions relatives à l’évaluation environnementale dès 1991, puis a précisé le système d’étude d’impact environnemental à partir de la réglementation de 1999. Le système a ensuite été développé par de nouveaux textes, avec également l’introduction de l’évaluation environnementale stratégique.

Dans la pratique, les projets miniers, industriels, énergétiques, routiers ou agricoles de grande ampleur peuvent nécessiter une étude d’impact environnemental et social. Cette étude vise à identifier les effets potentiels sur l’eau, les sols, l’air, la biodiversité, les populations locales et les activités économiques.

Pour les entreprises, l’étude d’impact ne doit pas être considérée comme une simple formalité administrative. Elle constitue un outil de gestion des risques, de dialogue avec les communautés et de prévention des conflits.

Pollution, eau et sols

Le Mali est confronté à des défis environnementaux importants. La désertification, la dégradation des sols, la pression sur les ressources en eau et la variabilité climatique affectent directement l’agriculture, l’élevage et les conditions de vie.

Les activités minières peuvent également exercer une pression sur l’environnement lorsqu’elles ne sont pas correctement contrôlées. Les risques concernent la contamination des sols, les rejets dans l’eau, la mauvaise gestion des résidus miniers et l’utilisation dangereuse de substances chimiques.

Dans les zones urbaines, la gestion des déchets et des eaux usées constitue un enjeu de santé publique. À Bamako et dans d’autres grandes villes, l’urbanisation rapide augmente la pression sur les infrastructures d’assainissement.

Gestion des déchets

La gestion des déchets est un défi croissant au Mali. Les déchets ménagers, médicaux, industriels, miniers et chimiques nécessitent des filières adaptées. Lorsque les déchets sont mal collectés ou brûlés à l’air libre, ils peuvent contribuer à la pollution de l’air, à la contamination des sols et à la propagation de maladies.

Les déchets médicaux exigent une attention particulière, car ils peuvent contenir des agents infectieux, des objets piquants, des produits chimiques et des résidus pharmaceutiques. Les déchets industriels et miniers nécessitent également une gestion documentée, avec stockage sécurisé, transport contrôlé et traitement approprié.

Sécurité alimentaire

La sécurité alimentaire est un enjeu central au Mali. L’agriculture et l’élevage occupent une place importante dans l’économie et dans la vie quotidienne. Pourtant, la production agricole reste vulnérable aux sécheresses, aux inondations, à l’insécurité, aux variations des prix et aux difficultés logistiques.

Les risques sanitaires liés aux aliments concernent notamment la contamination microbiologique, la qualité de l’eau, les résidus de pesticides, les mauvaises conditions de stockage et les ruptures de la chaîne du froid. Dans les marchés urbains, l’hygiène, la conservation des denrées et le contrôle des produits importés sont des sujets importants.

Le Programme alimentaire mondial a souligné dans ses rapports pays que les interventions d’urgence alimentaire et nutritionnelle restent importantes au Mali, ce qui confirme la vulnérabilité d’une partie de la population face aux crises alimentaires.

Sécurité sociétale et risques naturels

Le Mali fait face à une combinaison de risques naturels, économiques et sécuritaires. Les sécheresses, les inondations saisonnières, l’insécurité dans certaines régions et les déplacements de populations peuvent affecter la sécurité des communautés et la continuité des activités économiques.

Pour les entreprises, cela signifie que la gestion des risques doit dépasser les seuls risques techniques. Elle doit inclure la sûreté des déplacements, la continuité logistique, la communication de crise, la protection des travailleurs et la capacité à réagir rapidement en cas d’urgence.

Bonnes pratiques pour les entreprises

Les entreprises opérant au Mali ont intérêt à mettre en place une approche HSE structurée. La première étape consiste à réaliser une analyse des risques adaptée au contexte local. Cette analyse doit tenir compte des dangers techniques, mais aussi des facteurs logistiques, climatiques, humains et sécuritaires.

La formation joue un rôle essentiel. Les travailleurs doivent comprendre les risques auxquels ils sont exposés et savoir comment réagir en cas d’incident. Les formations les plus utiles concernent souvent la sécurité au travail, les produits chimiques, la sécurité incendie, le travail en hauteur, la consignation des énergies, la conduite défensive, les premiers secours et les procédures d’urgence.

Les entreprises qui appliquent des normes telles qu’ISO 45001 pour la santé et sécurité au travail, ISO 14001 pour l’environnement et ISO 9001 pour la qualité peuvent améliorer leur performance tout en renforçant leur crédibilité auprès des clients, partenaires et autorités.