Réglementation, sécurité industrielle, transport, environnement et défis pour les entreprises
Le Togo occupe une position stratégique en Afrique de l’Ouest. Situé entre le Ghana, le Bénin et le Burkina Faso, avec une ouverture directe sur le golfe de Guinée, le pays joue un rôle logistique important pour la région. Le Port autonome de Lomé constitue l’une des principales portes d’entrée maritime pour les marchandises destinées au Togo, mais aussi aux pays enclavés de l’hinterland, notamment le Burkina Faso, le Niger et le Mali.
Cette fonction de plateforme logistique crée des opportunités économiques importantes. Elle implique également des responsabilités particulières en matière de sécurité portuaire, de transport routier, de manutention, de stockage et de gestion des marchandises dangereuses. Les carburants, les produits chimiques, les engrais, les gaz, les conteneurs, les produits alimentaires et les équipements industriels transitent quotidiennement par Lomé avant d’être distribués dans le pays ou vers les corridors régionaux.
Le Togo connaît également une transformation industrielle progressive. La Plateforme industrielle d’Adétikopé, les investissements dans les infrastructures, la modernisation du port de Lomé et le développement de l’agro-industrie renforcent les besoins en matière de santé et sécurité au travail, de protection de l’environnement, de sécurité alimentaire et de prévention des accidents. Pour les entreprises locales et internationales, une approche HSE structurée devient donc indispensable.
Informations générales
Le Togo couvre une superficie d’environ 56 785 kilomètres carrés. Sa capitale et plus grande ville est Lomé, située sur la côte atlantique. La population est estimée à environ 8,8 à 9,6 millions d’habitants selon les sources récentes. Le français est la langue officielle de l’administration, de l’enseignement et des affaires. Les langues nationales les plus importantes sont notamment l’éwé, le kabiyè, le mina, le tem et plusieurs autres langues locales.
Les principales villes du pays sont Lomé, Sokodé, Kara, Kpalimé, Atakpamé, Dapaong, Tsévié et Aného. Lomé concentre une part importante des fonctions économiques modernes, notamment les activités portuaires, les services, l’administration, la logistique et une partie de l’industrie.
La population togolaise est jeune et en croissance. Cette dynamique démographique crée des besoins importants en emplois, logements, infrastructures, transport, énergie, eau, assainissement et services publics. Elle renforce aussi la nécessité d’améliorer la sécurité au travail et la sécurité urbaine.
Une économie portée par le port, l’agriculture et les services
L’économie togolaise repose sur plusieurs piliers. L’agriculture demeure essentielle pour l’emploi et la sécurité alimentaire. Les principales productions comprennent le coton, le café, le cacao, le maïs, le manioc, l’igname, le riz et diverses cultures vivrières. Les phosphates représentent également une ressource minière importante pour le pays.
Le Port autonome de Lomé joue un rôle déterminant. Grâce à sa position en eau profonde et à ses connexions régionales, il est devenu une infrastructure stratégique pour les échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest. Le port traite des marchandises conteneurisées, des hydrocarbures, des vracs, des produits industriels et des marchandises dangereuses.
Le développement de la Plateforme industrielle d’Adétikopé confirme la volonté du pays de renforcer la transformation locale et l’industrialisation. Le code de conduite EHS de cette plateforme insiste sur l’importance d’un programme de gestion des risques environnementaux, sociaux, sanitaires et sécuritaires adapté aux activités des unités industrielles, notamment lors de l’utilisation de substances dangereuses.
Cadre réglementaire de la santé et sécurité au travail
La santé et sécurité au travail au Togo est encadrée par le Code du travail et par les dispositions relatives à l’hygiène, à la sécurité et à la santé des travailleurs. Les informations de l’OIT indiquent que la sécurité et la santé au travail sont notamment gouvernées par le titre VII du Code du travail, consacré à la sécurité et à la santé au travail.
Le Togo a adopté un nouveau Code du travail en 2021, remplaçant l’ancien texte de 2006. Cette modernisation du cadre juridique s’inscrit dans une dynamique plus large d’adaptation du droit du travail aux réalités économiques actuelles.
Dans la pratique, l’employeur doit protéger les travailleurs contre les risques professionnels. Cette obligation suppose l’identification des dangers, l’évaluation des risques, la mise en œuvre de mesures de prévention, la formation des travailleurs, la fourniture d’équipements de protection et l’organisation des secours.
La sécurité au travail ne doit pas être comprise comme une simple question d’équipements individuels. Les casques, gants, chaussures de sécurité ou lunettes de protection sont utiles, mais ils ne remplacent pas une organisation sûre du travail. Les entreprises doivent également agir sur la conception des postes, la maintenance des équipements, la circulation interne, la prévention incendie, la gestion des produits chimiques et la préparation aux situations d’urgence.
Application pratique et culture sécurité
L’un des défis du Togo, comme dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, est l’application homogène des exigences de sécurité. Les grandes entreprises, les opérateurs portuaires, les industriels travaillant avec des partenaires internationaux et les plateformes modernes disposent généralement de procédures HSE plus structurées. Elles appliquent souvent des référentiels inspirés d’ISO 45001 pour la santé et sécurité au travail, d’ISO 14001 pour l’environnement et d’ISO 9001 pour la qualité.
Dans les petites entreprises, les ateliers informels, certains chantiers, le transport routier et certaines activités agricoles, les moyens disponibles sont souvent plus limités. La formation des travailleurs, la disponibilité des équipements, la maintenance et la déclaration des accidents peuvent y être moins systématiques.
L’amélioration durable de la sécurité passe donc par une culture de prévention. Cela signifie que les risques doivent être discutés avant l’accident, que les travailleurs doivent pouvoir signaler les situations dangereuses et que les responsables doivent intégrer la sécurité dans les décisions quotidiennes.
Les principaux risques professionnels
Les risques professionnels au Togo dépendent fortement du secteur d’activité. Dans les activités portuaires, les travailleurs sont exposés aux engins de manutention, aux conteneurs, aux charges suspendues, aux chutes, aux collisions, aux poussières, aux intempéries et parfois aux marchandises dangereuses. La coordination entre les entreprises portuaires, les transporteurs, les services de secours et les autorités est donc essentielle.
Dans le transport routier, les risques concernent les accidents de circulation, la fatigue des conducteurs, les longs trajets, le mauvais état de certains véhicules, la surcharge et les conditions de chargement. Ces risques deviennent encore plus importants lorsque les véhicules transportent des carburants, des gaz ou des produits chimiques.
Dans l’agriculture, les travailleurs peuvent être exposés aux pesticides, aux outils, aux machines, à la chaleur et aux risques biologiques. Dans l’industrie, les risques concernent davantage les machines, l’électricité, les incendies, les poussières combustibles, les produits chimiques et les opérations de maintenance.
Sécurité industrielle et prévention des accidents majeurs
Le Togo possède plusieurs types d’installations qui nécessitent une gestion rigoureuse des risques industriels. Les dépôts pétroliers, les terminaux portuaires, les entrepôts, les installations agro-industrielles, les usines de transformation, les plateformes logistiques et les sites utilisant des produits chimiques peuvent tous générer des accidents graves si les mesures de prévention sont insuffisantes.
La sécurité industrielle commence par une bonne connaissance des dangers. Une entreprise doit savoir quels produits sont présents sur son site, quelles énergies sont utilisées, quelles opérations peuvent provoquer un incendie, une explosion, une fuite ou une exposition toxique, et quelles personnes pourraient être affectées.
Les bonnes pratiques comprennent les analyses de risques, les procédures de permis de travail, la consignation des énergies, la maintenance préventive, les inspections régulières, la formation du personnel, les plans d’urgence et les exercices d’évacuation. Les zones où des produits inflammables sont utilisés ou stockés doivent être conçues de manière à limiter les sources d’inflammation, assurer une ventilation suffisante et prévoir des moyens de lutte contre l’incendie.
Gestion des substances dangereuses
La gestion des substances dangereuses est un sujet central au Togo en raison du rôle de Lomé comme hub portuaire régional. Les carburants, les gaz, les produits chimiques, les pesticides, les engrais, les solvants, les produits corrosifs, les produits pharmaceutiques et certains déchets dangereux peuvent transiter par le port ou être utilisés dans les activités économiques du pays.
Le risque ne se limite pas au port. Il peut apparaître dans un entrepôt, une station-service, un atelier, une exploitation agricole, une usine, un laboratoire, un hôpital ou un véhicule de transport. Une mauvaise identification des produits, un stockage incompatible, une ventilation insuffisante ou l’absence de formation peut transformer une situation ordinaire en incident grave.
Une gestion correcte suppose que les produits soient identifiés, étiquetés et accompagnés de fiches de données de sécurité. Les produits incompatibles doivent être séparés, les liquides dangereux stockés sur rétention et les sources d’inflammation maîtrisées. Les travailleurs doivent comprendre les pictogrammes, les risques principaux, les équipements de protection nécessaires et les procédures à suivre en cas de fuite, d’incendie ou de contact avec le produit.
Transport de marchandises dangereuses
Le transport de marchandises dangereuses est étroitement lié à l’économie togolaise. Les produits qui arrivent au port de Lomé peuvent être transportés vers l’intérieur du pays ou vers les pays voisins. Les carburants, les gaz industriels, les engrais, les pesticides et les produits chimiques circulent donc sur des axes routiers stratégiques.
En 2024, les autorités togolaises ont examiné la gestion des marchandises dangereuses au port de Lomé lors d’une réunion entre les responsables portuaires et le ministère de la Protection civile. Cette démarche illustre l’attention croissante portée à la prévention des accidents impliquant des substances dangereuses.
En 2025, le Togo et des partenaires européens ont également renforcé leur coopération dans le cadre d’initiatives liées au transport sûr des marchandises dangereuses et à la gestion des risques NRBC à Lomé.
Pour les entreprises, cela confirme que le transport de matières dangereuses doit être traité comme une activité spécialisée. Il faut des véhicules adaptés, des conducteurs formés, des documents de transport, des équipements d’urgence, des règles de chargement et des procédures claires en cas d’accident.
Sécurité routière au Togo
La sécurité routière est un enjeu majeur de santé publique au Togo. Comme ailleurs dans la région, l’augmentation du trafic, la croissance urbaine, la présence importante de deux-roues, les transports collectifs, les poids lourds et les longs corridors commerciaux créent un niveau de risque élevé.
Les facteurs les plus fréquents sont la vitesse, la surcharge, la fatigue, les dépassements dangereux, l’état des véhicules, le manque de visibilité, l’absence de protection pour les usagers vulnérables et les comportements à risque. Les motocyclistes et les piétons sont particulièrement exposés dans les zones urbaines.
À l’échelle africaine, l’OMS indique que les décès routiers ont augmenté plus rapidement dans la région africaine que dans toute autre région entre 2010 et 2021, avec une hausse de 17 %. La région représente près d’un cinquième des décès routiers mondiaux alors qu’elle ne possède qu’environ 3 % des véhicules enregistrés.
Pour le Togo, cela signifie que la sécurité routière doit rester une priorité nationale et entrepreneuriale. Les entreprises qui exploitent des flottes devraient mettre en place la conduite défensive, la gestion de la fatigue, le contrôle technique, le suivi des vitesses, les inspections avant départ et une politique stricte contre la surcharge.
Port de Lomé et sécurité maritime
Le Port autonome de Lomé est l’un des principaux atouts économiques du Togo. Sa fonction de port en eau profonde lui permet de recevoir des navires importants et de servir de plateforme régionale. Cette importance économique s’accompagne de risques spécifiques.
Les opérations portuaires combinent manutention lourde, circulation de camions, stockage de conteneurs, présence de marchandises dangereuses, risques d’incendie, risques de pollution et exigences de sûreté. Le projet du Lomé Container Terminal prévoyait notamment des installations spécifiques pour le stockage des conteneurs contenant des marchandises dangereuses.
La sécurité portuaire doit intégrer la prévention des accidents de travail, la gestion des substances dangereuses, la lutte contre la pollution marine et la coordination avec la protection civile. Une fuite, un incendie ou une mauvaise séparation de produits incompatibles dans une zone portuaire peut avoir des conséquences importantes, non seulement pour les travailleurs mais aussi pour la continuité du commerce régional.
Réglementation environnementale
Le Togo dispose d’un cadre réglementaire environnemental qui vise à prévenir la pollution, protéger les ressources naturelles et encadrer les impacts des projets. Les projets industriels, portuaires, miniers, agricoles ou d’infrastructure peuvent être soumis à une évaluation environnementale et sociale avant leur réalisation.
Pour une entreprise, cette évaluation ne doit pas être considérée comme une simple formalité administrative. Elle permet d’identifier les effets potentiels sur l’eau, l’air, les sols, la biodiversité, les communautés locales et les activités économiques voisines. Elle permet aussi de prévoir des mesures de réduction des impacts et de mieux organiser le dialogue avec les parties prenantes.
Dans le contexte togolais, les sujets environnementaux les plus sensibles concernent la pollution urbaine, la gestion des déchets, la qualité de l’eau, l’érosion côtière, les impacts portuaires, les produits chimiques et les activités agricoles.
Pollution, déchets et qualité de vie
L’urbanisation rapide de Lomé et des autres villes crée une pression croissante sur les infrastructures d’assainissement, la collecte des déchets et la qualité de l’air. Les émissions liées au trafic routier, aux deux-roues, aux groupes électrogènes et à certaines activités économiques contribuent à la pollution atmosphérique.
La gestion des déchets est également un enjeu important. En 2025, Togo a lancé une feuille de route nationale pour réduire les émissions de polluants climatiques à courte durée de vie et un plan d’action pour les déchets solides dans le Grand Lomé. L’objectif est d’améliorer les pratiques de gestion des déchets solides et de réduire les émissions associées.
Les déchets dangereux méritent une attention particulière. Ils peuvent provenir des hôpitaux, des ateliers, des industries, des laboratoires, des stations-service, des entrepôts chimiques ou des activités agricoles. Lorsqu’ils sont mal triés, stockés ou éliminés, ils peuvent contaminer les sols, l’eau et l’air.
Eau, assainissement et risques sanitaires
La qualité de l’eau et l’assainissement sont directement liés à la santé publique. Les rejets domestiques, les eaux usées, les déchets solides, les ruissellements urbains et certaines activités industrielles peuvent affecter les eaux de surface et les zones côtières.
Dans les zones urbaines denses, les inondations saisonnières peuvent aggraver les problèmes sanitaires lorsque les eaux de pluie se mélangent aux déchets et aux eaux usées. Les entreprises doivent donc tenir compte de ces risques dans leurs plans de continuité d’activité, surtout si elles stockent des produits dangereux ou exploitent des installations sensibles.
Sécurité alimentaire
La sécurité alimentaire au Togo dépend de l’agriculture, du commerce régional, des importations, des marchés urbains et de l’industrie agroalimentaire. Les risques sanitaires concernent principalement la contamination microbiologique, la qualité de l’eau, les résidus de pesticides, les mauvaises conditions de stockage, la rupture de la chaîne du froid et les fraudes alimentaires.
Dans un pays où les marchés traditionnels jouent un rôle important, la sensibilisation des commerçants, des transporteurs et des consommateurs reste essentielle. Les denrées périssables doivent être protégées contre la chaleur, les contaminations croisées et les mauvaises conditions de conservation.
Pour les entreprises agroalimentaires, l’amélioration de la sécurité alimentaire passe par l’hygiène, la traçabilité, le contrôle qualité, la maîtrise des températures et des systèmes inspirés de l’HACCP ou d’ISO 22000.
Sécurité sociétale et risques naturels
Le Togo est exposé à plusieurs risques naturels et sociétaux. Les inondations saisonnières, l’érosion côtière, les épisodes de chaleur, les perturbations logistiques et les crises sanitaires peuvent affecter les populations et les entreprises.
L’érosion côtière est particulièrement sensible autour du littoral et de la zone portuaire. Un rapport de conformité lié au Lomé Container Terminal mentionne que l’érosion à l’est du port résulte de facteurs naturels et humains cumulés, le port étant identifié comme un contributeur significatif à cette dynamique.
Pour les entreprises, la sécurité sociétale signifie qu’il faut préparer des réponses aux interruptions d’activité, aux incidents climatiques, aux difficultés d’accès, aux coupures d’énergie et aux urgences sanitaires.
Bonnes pratiques pour les entreprises
Les entreprises opérant au Togo peuvent améliorer leur performance HSE en adoptant une démarche progressive. La première étape consiste à identifier les dangers réels de l’activité : produits chimiques, machines, circulation interne, manutention, énergie électrique, travaux en hauteur, chaleur, poussières, déchets et transport.
La deuxième étape consiste à transformer cette analyse en mesures concrètes. Les procédures doivent être simples, comprises par les travailleurs et réellement appliquées. Les formations doivent être adaptées aux tâches : sécurité au travail, incendie, premiers secours, produits chimiques, conduite défensive, manutention, travail en hauteur, consignation et interventions d’urgence.
Les normes internationales peuvent servir de cadre utile. ISO 45001 aide à structurer la santé et sécurité au travail, ISO 14001 renforce la gestion environnementale, ISO 9001 améliore l’organisation qualité et ISO 22000 peut soutenir la sécurité alimentaire.